Théâtre : Niska est allée voir : Les liaisons Dangereuses

Mise en scène : John Malkovich

Adaptation : Hamtpon

Joué par : Le petit atelier

 

 

« Qui pourrait ne pas frémir en songeant aux malheurs que peut causer une seule liaison dangereuse ? » Et qui pourrait ne pas frémir à l’idée de les connaitre, et d’en être complice assis sur le fauteuil capitonné d’une salle de théâtre ?

 

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 Des liaisons…au danger.

 

L’histoire, nous la connaissons tous : Madame de Merteuil et le Vicomte de Valmont, deux libertins, se désirent, se cherchent, se fuient, se déchirent et rivalisent dans la complicité. Ils manipulent leurs semblables pour étendre leurs conquêtes, triompher des autres et gagner toujours un peu plus sur le terrain de la séduction.

 En 1782 Choderlos de Laclos écrit ce roman épistolaire aussi délectable que dramatique pour insister sur le danger séculaire lié à l’éducation des jeunes filles : Elevées strictement, dans la naïveté elles grandissent avec des œillères qui les privent de tout discernement sur le monde. Elles constituent des proies faciles pour les esprits malsains : Comment reconnaître un manipulateur libertin si l’on proscrit tous les hommes, mettant le respectable et le libertin au même niveau d’interdiction ?  

Cécile Volanges représente en cela une proie facile pour Valmont. Madame de Tourvel, dévote et pieuse, récuse toute passion comme si elle était diabolique. Elle s’enferme progressivement dans des idéaux d’amours platoniciens inaccessibles. Son corps devient, pour le Vicomte de Valmont, un objet de convoitise, un trophée. Son orgueil démesuré le pousse à rivaliser avec les principes de la dame et son adoration première : Dieu. Alors que Valmont fait découvrir les joies du corps et de la sexualité à Cécile, il apprend peu à peu le sentiment amoureux au contact de la Présidente de Tourvel.  Madame de Merteuil ne tarde pas à mesurer l’ampleur d’une telle histoire, et, blessée dans son amour propre elle reprend les rennes et se réfugie plus que jamais derrière le masque de la cruauté. C’est elle qui tient les cartes, et Valmont en est conscient.

 

L’adaptation :

24 ans après avoir interprété le rôle de Valmont au cinéma, John Malkovich met en scène une adaptation théâtrale du roman. La scène est presque nue, les décors quasi-inexistants : des fauteuils médaillons sont placés tout autour de la scène, ils font office de coulisses. Ainsi les comédiens ne quitteront jamais vraiment la scène. Acteurs éteints mais pas pour autant passifs ils deviennent tour à tour  les spectateurs des combats qui se déroulent dans l’arène. Au cœur de la scène trône un simple lit sur lequel auront lieux toutes les tromperies, les coucheries, et autres coups bas, mensonges et révélations.

  L’ambiance commence avec  légèreté, mais la tension devient rapidement palpable. Les scènes défilent, on  sent le drame monter. On l’entend presque battre comme un cœur qui se développe au sein de l’intrigue. Progressivement la lumière rouge se tamise, la musique se fait plus intense. On comprend alors que leur jeu est devenu mortel, qu’ils sont tombés dans la déraison, qu’ils y laisseront leur réputation, leur visage, peut-être même leur vie.

Les corsets et jupons rappellent l’époque de Laclos tandis que les tablettes numériques nous ramènent dans notre siècle actuel : A travers les âges la problématique est restée même. Les acteurs jouent leurs rôles à propos, avec audace et justesse. Je pense notamment à la comédienne qui joue le rôle d’Emilie, la courtisane de la lettre 48. Les barrières entre l’écriture romanesque et le théâtre tombent : Emilie apparaît bien nue sur scène dans des positions peu flatteuses.

 

 Choderlos, à tout jamais ….

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Il y’a 231 ans le roman Les Liaisons Dangereuses était publié,

 il y’a 24 ans John Malcovich interprétait le rôle de Valmont dans la sublime adaptation cinématographique de Stephen Frears.

 Aujourd’hui je suis tombée amoureuse d’une pièce de théâtre …

 

Les Liaisons Dangereuses traversent les âges, s’actualisent. Immortelles, les lettres se sont transformées en images, en séquences, en gravures, en actes puis en scènes. Elles ouvrent encore et encore leurs ailes, approfondissent un peu plus la cambrure, et, un peu plus nues à chaque époque déploient leur chant du cygne.

 

 Les temps changent, les supports se modifient mais l’espèce humaine reste la même avec son orgueil, ses ambivalences, son ignorances et les dangers qui lui sont- à tous les âges- inhérents.