Lettre à Joséphine Butler

 

Joséphine Butler (1826-1906) féministe et fervente abolitionniste de la prostitution est parvenue à faire annuler les lois réglementaristes anglaises en 1886. Elle a défendu la cause des prostituées en fondant la Fédération abolitionniste internationale à Genève, en 1875.

 

 Niskaanishnabe 

 

 

 

Chère Joséphine. Je t'écris à l'aube du XXIem siècle et ce que je vais te dire ne te réjouiras surement pas. Aujourd'hui nous écrivons sur des claviers et lisons sur des écrans qui, parfois, nous piquent les yeux. 

 Oui, nos supports ont changé, bien d’autres choses ont évolué. Mais il est resté une chose inchangée, douloureuse et dramatique. Nous écrivons pour un combat que tu as déjà mené il y’a plus de cent ans : l’abolition de la prostitution sous toutes ses formes. C’est à regrets que je t’annonce que rien n’a changé, et que pire encore : la prostitution est, dans les mœurs, acceptée comme étant « un mal nécessaire ». Elle est le petit bonus des grandes compétitions sportives, le passe-temps de nos hommes politiques, une forme nouvelle de mécénat…

Oui, en 2013 on marche tous les jours un peu plus sur la tête.

Oui, les maisons closes, en France sont fermées, elles ne le sont pas chez nos voisins Belges, Allemands et Espagnols. Mais, il n’en reste pas moins que chaque ville a ce qu’on appelle vulgairement «  son quartier à putes ». La prostitution est plus que jamais devenue la forme de l’esclavage moderne. C’est même l’expression la mieux développée de trafic humain. Filles de l’est, Africaines et j’en passe … tant de jeunes filles qu’on arrache à tous leurs repères familiaux, linguistiques, coutumiers… qui tombent dans les abysse de la drogue et du sexe dans sa considération la plus malsaine.

Oui, aujourd’hui ce sont quelques 20 000 femmes prostituées dans chaque pays d’Europe. Et presque le double sont en transit à travers le continent.

Oui, cet intolérable trafic répond malheureusement à la loi de l’offre et de la demande. C’est pourquoi nous sommes quelques-un.e.s à militer pour la pénalisation du client. Mais à l’heure où je t’écris, rien n’est fait.

Voilà, ce sont sur ces mots que j’achève cette lettre à la foi réelle et fausse. Chère Joséphine, le combat continue.

 

Niska.