Journée des droits de la femme :

 

Non, non et non : la journée des droits de la femme n’est pas une sorte de Saint Valentin version féminine. Non, nous n’attendons aucun bouquet de fleurs et les réductions et autres remises sont, pour l’occasion, inappropriées. La récupération commerciale de diverses enseignes montre encore une fois une société qui détourne les yeux des réalités.  Qui ne veut pas voir. Parce qu’en offrant un vernis à ongle ou une rose on croit accomplir sa BA mais on passe surtout à côté du but réel du huit mars : Il s’agit de penser, par les chiffres et par les faits, qu’en France mais aussi dans le monde des femmes sont pénalisées parce qu’elles sont nées femmes. Les droits bafoués sévissent quotidiennement et le huit mars permet de le rappeler encore et encore à ceux qui oublieraient d’y penser par manque de temps, de conviction ou d’information. Mais je reste convaincue qu’avec les mots, les images et une bonne pédagogie on peut arriver à tout, à reculer sur le chemin de l’ignorance et à avancer vers celui de l’égalité homme-femme. Je vous propose, (mon côté altruiste, il n’y a pas à dire :p) un petit inventaire de tout ce qui attaque la femme dans son intégrité, dans sa dignité, dans sa réussite, tout ce qui sème des embuches sur son parcours, ce qui vise à la réduire à un simple corps comme au néant.

 

 

On aime la femme lorsqu’elle fait vendre.

 

C’est ce qu’on appelle plus vulgairement : « les femmes bouts de viandes ». Le procédé est aussi simple que peu recherché et dépanne beaucoup de publicitaires en manque de créativité. Je citerai pour exemple la pub pour la supérette sherpa : Un homme vient acheter sa fondue et croise une femme en soutien-gorge et en mini short au rayon surgelé. Et de trouver ça normal pour la saison et le lieu.

Allez soyons fou citons : le salon de l’automobile : on allie le vulgaire au machisme pour que la grosse voiture soit accompagnée de la paire de sein. Ainsi Monsieur Beauf aura les pleins pouvoirs de l’imagination, se voyant poupée en talon aiguilles au bras et nouvelle berline aux mains…l’extaaaaaase. Je vous renvoie à l’article d’Eric la Blanche « Mondiale de l’Hôtesse : il y’a l’hôtesse d’accueil et l’hôtesse d’acouille ». (Causette Novembre 2012)

La pub, les bagnoles ok, c’est déjà pas mal. Mais ! On peut faire pire : l’industrie du disque ! Et oui, en fait c’est encore plus simple que tout le reste : on déshabille une chanteuse, on la fait chanter en latex, en shorty, dans son bain ou pire : à quatre pattes dans une cage ( ????!!!! ) là je m’agite comme Timon et je hurle « Et tout le monde trouve ça normal j’exige de comprendre ! » Malheureusement je crois avoir compris :

 La femme on l’aime quand elle nous montre son corps, quand la publicité, la mondialisation et la musique révèlent la domination masculine autour de laquelle gravite le business. Les relativistes répondront «  Ben que veux-tu, c’est le système, tu ne vas quand même pas jouer les altermondialistes »…

               

 On aime moins : les femmes au travail …

 

Et oui, monsieur Beauf aime beaucoup moins la femme quand elle entre dans le milieu du travail … et si elle devenait meilleure que lui ? Impossible nous répondra-t-il « les femmes c’est bon pour la popote et le fer à repasser…et pour les blagues de Bigard aussi ! »

Les femmes sont plus touchées par le chômage ! Pourquoi ? Parce qu’on considère qu’elles sont moins aptes à diriger, parce qu’on les rattache à la maternité, qui tout d’un coup devient un obstacle. (Mais, gros con, les enfants il faut bien les faire non ?).

 

Notons également que 63 % des enfants de moins de trois ans sont gardés par des mères qui, bien souvent, ont dû  arrêter de travailler par manque de crèches ou de nourrice. Bon comme je suis magnanime je vais aussi reconnaître que certaines femmes préfèrent ne pas travailler et rester à la maison pour s’occuper de leurs enfants. Je ne blâme pas. Tout est question de choix. Il est juste regrettable que celles qui choisissent de travailler n’y arrivent pas toujours faute de moyen de garde.

Autre sujet déplorable : La différence de salaire entre les hommes et les femmes est de 27% en France.

Allez dernière surprise de la boîte de Pandore : avez-vous déjà lu les contrats des employées de certains magasins de cosmétiques et de vêtements ? Ce serait comique si ce n’était pas affligeant : la taille 36 est à ne pas dépasser et la liste des produits à utiliser pour se refaire une façade est longue comme le bras : Telle crème hydratante, telle base de teint, tel fond de teint, tel blush, tel mascara, tel rouge à lèvre… les marques et les teintes sont naturellement imposées par la boîte. Quand, pour un même poste leurs collègues hommes ont comme seul impératif : tenue élégante.

 Et si on laissait les femmes être juste comme elles ont envie d’être : hyper fardée-oranges, maquillées ou naturelles ?

 

 

 On aime les femmes et le sexe mais moins la sexualité des femmes:

 

La vie érotique de la femme passe souvent par le prisme de la représentation masculine et fantasmagorique largement influencée par les médias et l’industrie pornographique. 35 % des téléchargements sur internet sont des films pornographiques. Il faut, avant toute chose, penser la place de la femme dans ce milieu : condition de vie des actrices et images renvoyées par ces films qui contribuent aux vieux fantasmes de domination masculine.http://www.marieclaire.fr/,j-ai-ete-habilleuse-sur-un-film-x,20256,695.asp ). Yannick Gillant psychologue : «  Elles( les femmes) sont les faire-valoir de la virilité des acteurs. Les rapports qui leur sont imposés sont là pour satisfaire le désir de puissance des hommes et non leur plaisir. Ainsi, elles apparaissent dans une posture soumise et tiennent lieu d'objets. Lors de la trilogie retro0uvée dans la quasi-totalité des films X : fellation, coït, sodomie, leur plaisir n'est pas le centre de la scénographie. Il est maximisé artificiellement, notamment par les sons, afin de donner l'illusion que leurs partenaires sont puissants et efficaces. Les femmes n'adhèrent pas dans leur majorité à ce jeu de dupes et perçoivent bien la place qui leur est attribuée dans ces films. »

               

Et oui, sans être pour autant des abstinentes ou des castratrices les femmes ne se reconnaissent pas dans les scénarii de films pornos. Le sujet est bien plus subtil.

 

 La sexualité et le plaisir de la femme sont encore niés dans certains pays, notamment là où l’islam radical et d’archaïques traditions sévissent. Je pense notamment aux pratiques barbares de la clitorectomie, de l’excision et de l’infibulation : Le plaisir est interdit, la douleur imposée. Le journaliste espagnol Jaime Serra, soucieux de montrer la réalité cauchemardesque des mutilations sexuelles, propose un coloraige aux aspects enfants : "Pinta y colorea"

 

 

                On déteste son cycle, ses règles et autres petits tracas.

 

                La femme d’Asie du Sud ou d’Afrique est, durant ses règles, mise au ban de la société. Elle ne peut pas aller à l’école par manque de protection hygiénique, ne doit pas approcher les hommes et dort loin des autres. Dans beaucoup de culture le sang des règles est considéré comme impur. Bon d’accord ce n’est pas très ragoutant, j’en conviens…Mais de là à faire dormir les filles menstruées au fond du jardin, là non.

                 

On évite de regarder : la prostitution

 

                Et pourtant : 90 % des prostituées sont victimes de réseaux proxénètes et 80 % sont des femmes étrangères qui ont dû subir : enlèvement, fausses promesses d’avenir, viols, injections forcée de drogues, tortures. Que ce soit dans les maisons closes ou sur les trottoirs le problème est le même, l’esclavage est égal et les chiffres demeurent inchangés.

                A l’occasion des grandes compétitions sportives les organisateurs font venir des prostituées en masse et montent des petites cabanes avec files d’attentes. Pour l’Euro 2012 l’Ukraine a « importé » comme de vulgaires marchandises 40 000 femmes, et Londres de doubler la mise pour les jeux olympiques… Ce sera sans moi.

                Si j’étais un homme je serai vraiment vexé d’être pris pour un animal qui ne peut même pas aller voir un match de foot sans pouvoir se retenir de baiser.

               

 

Le viol : du fléau à l’arme de guerre

 

La parodie de procès des tournantes de Fontenay-sous-Bois a rouvert le débat : le viol est insuffisamment puni en France et largement répandu dans le monde. C’est même, depuis toujours une arme de guerre. Il ne se passe pas une semaine sans qu’on entende parler d’un viol, d’une agression sexuelle…Il y’avait l’affaire Cécilia Gueye en 2008, triste à vomir…Il y’a ce viol collectif en Inde dont une adolescente a été victime.

Tant d’histoire qu’on nous raconte, qui nous font peur, qui parfois nous écœurent…mais tant d’histoire tues, de violences dans le silence. Le viol c’est la phobie de certaine, d’autres se disent que ça n’arrive qu’à aux autres. Pendant ce temps là …

 

En France chaque année : 75 000 femmes sont violées. 10 % portent plainte et parmi elles : 2% voient leur violeur condamné.

Dans le monde il y’a 903 viols par jour (viols déclarés) : 329 708 viols par an dans le monde dont 95 136 aux USA, 52 425 en Afrique du Sud et 24 350 au Canada.

 

Canada : « Fin 2012, alors que le mouvement Idle No More commençait à prendre corps à travers des manifestations, des danses […] une jeune amérindienne a été kidnappée par deux hommes blancs à Thunder Bay, dans l’Ontario. C’était deux jours après Noël. Ils l’ont conduite dans un bois isolé et l’ont violée, étranglée et laissée pour morte. Les deux hommes lui ont dit que ce n’était pas la première fois qu’ils faisaient ce genre de chose et qu’ils recommenceraient car selon eux « les indiens ne méritent aucun droit ». (journal :Yes !) Et le journaliste de préciser que les violences contre les femmes amérindiennes sont de coutume depuis des siècles. C’était le meilleur procédé pour asseoir sa domination.

 

Tableau des viols déclarés par an dans les différents pays du monde.

 

Rank  

Countries  

Amount  

# 1  

United States:

95,136 

 

# 2  

South Africa:

52,425 

 

# 3  

Canada:

24,350 

 

# 4  

Australia:

15,630 

 

# 5  

India:

15,468 

 

# 6  

Mexico:

14,373 

 

# 7  

United Kingdom:

13,395 

 

# 8  

Germany:

8,615 

 

# 9  

France:

8,458 

 

# 10  

Russia:

6,978 

 

# 11  

Korea, South:

6,139 

 

# 12  

Peru:

5,968 

 

# 13  

Spain:

5,664 

 

# 14  

Zimbabwe:

5,567 

 

# 15  

Thailand:

4,020 

 

# 16  

Argentina:

3,036 

 

# 17  

Venezuela:

2,931 

 

# 18  

Italy:

2,543 

 

# 19  

Belgium:

2,436 

 

# 20  

Japan:

2,357 

 

# 21  

Poland:

2,345 

 

# 22  

Sweden:

2,184 

 

# 23  

Colombia:

1,861 

 

# 24  

Netherlands:

1,801 

 

# 25  

Chile:

1,402

 

 

               

Place de la femme dans l’Islam Radical

 

 

            Et en soi, c’est à elles que je pense le plus, aujourd’hui 8 Mars, et tous les autres jours de l’année. Je pense à elles parce qu’elles ne sont pas...elles ne sont pas dans le regard de l’homme. Selon la charia un homme peut épouser et avoir des relations sexuelles avec une fille d’au moins 9 ans. Une femme violée est exécutée par sa famille pour « rétablir l’honneur ». Les femmes disparaissent sous leur voile intégral : évasives, insaisissables, fantomatiques comme la nuit noire.

 

            Et pourtant, on les entend :

 

Le Front de Libération du Nord Mali qui lutte contre l’application de la Charia compte une dizaine de femmes dans ses rangs, elles suivent les entraînements militaires et déclarent être prête à se battre (Causette du mois de Novembre 2012).

Pour dénoncer la politique des islamistes au pouvoir en Egypte  Aliaa Magda Elmahdy a posé nue sur son blog à deux reprises (dont une fois devant l’ambassade d’Egypte en Suède, où elle est exilée politique)

Malala Yousafai : Jeune bloggueuse pakistanaise qui milite pour l’éducation et les droits des femmes. En 2012 elle est la cible d’une attaque de talibans : elle est touchée par balle et soignée en Angleterre.

Lubna Ahmad al-Hussein : journaliste soudanaise. Elle a été condamnée à quarante coups de fouet pour avoir porté un pantalon. Elle a décidé de se battre pour rétablir le vérité de sa religion et chasser ceux qui croient l’incarner dans un livre « Suis-je maudite ? »

 

 

 

Lexique :

 

One Billion Rising : Mouvement international lancé depuis juillet dernier pour célébrer la féminité et ses droits. La campagne est dirigée en Inde et dans toutes l’Asie du Sud par Kamla Bhasin.

 

Femen : Militantes d’un mouvement ukrainien : elles défilent seins nus pour interpeler sur l’aspect parfois non érotique du corps de la femme, Sali et rabaissé dans le monde entier

Elles étaient trois au départ : Oksana Chatchko, Anna Houtsol, Sacha Chevchtchenko.

 « Les droits des femmes, voilà son cheval de bataille. Oksana Chatchko se bat pour la liberté, et ses armes sont accrochées à son corps […] ses armes sont un symbole de la féminité, de la maternité, de la sexualité. Les cinéastes et les publicitaires les utilisent à l’envi pour vendre tout et n’importe quoi, des yaourts jusqu’aux aspirateurs. » Der Spiegel.

 

Idle No More : mouvement lancé dans la Saskatchewan au Canada par quatre amérindiennes.

 

Voilà ici s’achève ma liste. Je me suis levée tôt ce matin, j’avais décidé que la journée serait longue, intense et qu’elle serait au service des femmes.

Il y’a quelques mois une amie qui a accouché d’une petite fille m’a dit qu’elle n’avait pas mis au monde sa fille comme elle avait mis au monde son fils. Qu’en prenant pour la première fois la petite dans ses bras elle avait pensé à tout ce qui l’attendait dans ce monde en tant que fille puis en tant que femme : Le regard des hommes, la difficulté à se faire une place, à se faire respecter dans ce monde patriarcal, cette peur de croiser des hommes aux intensions mauvaises…

Je n’ai pas d’enfant mais j'espère que nous serons en mesure de leur offrir un monde meilleur. Un monde d'équilibre entre l'homme et la femme. Un monde où l'on arrêterait de se servir de l'un pour les intérêts de l'autre. Un monde dans lequel je ne frissonnerais pas devant les documentaires qui nous montrent le pire de l'Homme, qui nous montrent la manière dont les femmes sont perçues et traitées... Il est tellement difficile de s'imaginer ce que nous aurions été si nous étions nées ailleurs...

 

                Alors voilà, vous êtes libres d’adhérer ou de ne pas adhérer, l’article est long  à lire et pourtant il est bien trop court. Je ne voudrais pas être méchante mais à ceux qui n’auraient toujours pas intégré ce que représente le 8 Mars je dirai juste : « On arrête de s’admirer le nombril, on se sort les doigts du slip, on arrête de se tripoter devant les clips vidéos et on fonce ! L’heure est grave ! »

 

Amis à bientôt...

 

Niskaanishnabe