INDOCHINE

Dans le dernier clip d’Indochine « collège boy » le réalisateur Xavier Dolan met en scène le harcèlement  à l’école. Ou plutôt, il pose des images sur les maux. Le concept est tristement célèbre : un gros bras prend en grippe un de ses camarades. Certains le suivent, d’autre se taisent, détournent le regard et le souffre-douleur se mure dans son silence et sa souffrance.

 Oui, c’est insupportable. Pour un éclat de rire malsain on piétine l’estime qu’une personne a d’elle-même. Pour une réputation éphémère on réduit un être à néant. Vous savez tous aussi bien que moi que ces situations ne sont pas rares. Je pourrais vous raconter l’histoire de Q. dans ma classe de troisième, cette de F. en seconde, celle de T. Je pourrais aussi vous dire que nous étions un petit groupe à alarmer les professeurs… mais ils détournaient le regard. Alors quand je vois ce clip, ces gens aux yeux bandés je me dis que Nicolas Sirkis voit juste, et dans la bonne direction.

Loin de tout cliché l’action se passe dans un établissement plutôt aisé : la violence et le harclèment gangrènent toutes les couches de la société.

L’horreur se fait entendre en crescendo : d’une situation banale, mais dérangeant, on aboutit à une scène violente, insoutenable mais avant tout métaphorique.

Le jeune garçon, victime de harcèlement se fait crucifier par ses bourreaux dans l’indifférence totale de ses camarades. La violence n’est pas gratuite, elle porte un message. Elle symbolise la cruauté humaine dans une société bien-pensante qui n’a rien appris de ses erreurs. Notre société prie le christ mais reste enlisée dans l’indifférence face à la cruauté. Le message est clair : nous baignons dans l’ignorance volontaire. Les figurants aux yeux bandés incarnent l’hypocrisie face à une détresse perçue, mais ignorée.

Ce midi, dans le zapping de canal + j’ai entendu diverses réactions à ce clip. Un présentateur télévisé dénonçait « une violence au service d’une opération marketing ». Indochine n’a pas besoin de cela, ils ont leur public et je pense que ça leur suffit. De plus, c’est un sujet qui ne m’étonne pas lorsqu’on connait un tant soit peu les chansons du groupes. Ils furent les premiers à normaliser l’homosexualité (« Canary bay » « troisième sexe »…), à dénoncer la pédophilie («  révolution ») et l’anorexie (« June »)

Censurer ce clip ce serait détourner le regard des vérités qui font mal, des images qui dérangent. Ce serait brandir haut dans le ciel les bandeaux d’indifférence que revêtent les élèves de ce clip. Ce serait passer un cri sous silence et repartir à la normale. Comme si de rien n’était. 

photographie : image du clip "collège boy".