Niska a vu : Millefeuille de Nouri Bouzid

 

Millefeuille ou alliance du drame et de la légèreté.

 

 

millefeuille

 

 

 A Tunis c’est la révolution le « Printemps arabe ». Portés par une soif de rêves et de liberté les jeunes chantent, haut et fort, «  A ta santé la révolution ». Alors on traine dehors, on rentre tard, on n’a plus peur.

 Mais, au travers de Zaïneb et d’Aïcha, on réalise ô combien les vieux démons du passé sont encore présents, ressuscités de nulle part, d’une prison, d’une vieille idée qui traine…

Aïcha travaille dans les cuisines d’un café avec tout un groupe de filles et un garçon qu’elles taquinent à tour de rôle et qu’elles ont surnommé « Bisou ». C’est une fille discrète, timide, voilée.

Zaïneb est serveuse dans le même café, joviale et libre, elle exècre le voile que sa mère porte et qu’elle n’aura de cesse de refuser.

 Zaineb et Aïcha sont inséparables, malgré leur opposition sur la question du voile. Elles se respectent, ne se jugent pas

Le frère de Zaineb, libéré par la révolution, ressort totalement islamisé de prison. Ses idées sont radicales, il en a après tout le monde : contre sa sœur qui n’est pas voilée, contre son père qui boit du vin… Vient s’ajouter le petit ami de Zaineb qui exige, pour se marier, qu’elle quitte son travail « impur » et qu’elle se décide à porter le voile… Zaineb refuse, mais n’aura pas le choix : sa mère cède, son père est impuissant, dépassé, en désaccord total avec le radicalisme adopté par sa femme. Les scènes qui se succèdent sont glaçantes.

Parallèlement, Aïcha se fait harceler par son patron qui veut à tout prix qu’elle enlève le voile, pour laisser « éclater sa beauté ».

 

Entremêlées dans le même tissage ces deux histoires ne sont rien d’autre qu’un cri de détresse porté par des femmes en quête de liberté. Aïcha voudrait pouvoir porter le voile sans avoir de compte à rendre à personne, de la même manière Zaineb refuse de justifier son refus de la porter.

 

 

                Avis :

 

J’ai adoré ce film.  Je vous conseille vraiment d’aller le voir. On ne s’ennuie pas, on est porté par l’espoir qu’elles nous communiquent, révolté par leur souffrance et bercé par la légèreté des certaines scènes.

 

J’ai particulièrement apprécié le fait que Nouri Bouzid ne prenne pas position sur le voile : il n’est ni bien, ni mauvais mais c’est à la femme seule de décider si elle veut ou non le porter. Ici les deux jeunes femmes sont persécutées par des avis contraires qui ne leur laissent aucune marche de manœuvres. La société est devenue totalement schizophrène, tiraillées de tous bords par des courants extrêmes.