L’homme objet, l’ours mort et la banquise

par Jean-Paul Gaultier

               

 

 

                Tout à l’heure alors que je me cultivais naïvement dans le Courrier international je suis tombée nez à nez avec « Le beau mâle ». J’aurais pu être gênée, intimidée : cet homme nu dans mon salon me dévisage! Grand Dieu!

 Je le regarde fixement : « Toi, le beau mâle c’est que d’la gueule ! ».  Oui, toi « le beau mâle » j’te trouve même pas beau mais, ta pub, je l’adore !! »

                Oui, je l’adore parce qu’à première vue on se dit : « Oh une pub pour un parfum » mais quand on s’attarde aux détails on a quand même une légère envie de rire.  Oui, oui. Tous les éléments de la scène reposent sur une logique…hmm comment dire : pas très logique.

 

 Le_Beau_M_le_Kaylan_Falgoust

                Le beau mal sort tout droit d’une pochette cliché-surprise : il est huilé comme une frite, bodybuildé comme un tueur et photoshopé comme pas possible. Et pour la touche bad-boy : On nous l’a tatoué notre beau mâle (Une sirène, pour rappeler le marin viril et canaille qu’il fût jadis). Il est censé donner aux femmes l’envie d’offrir le parfum à leur moitié et montrer aux hommes Ô combien ils seront irrésistibles tout de « beau mâle » parfumés. Mais moi, je trouve qu’avec son regard mi- soumis mi- tueur il quand même une tête de c*n notre « Beau mâle ». Il y’a un truc qui cloche, un choux dans le pâté : notre bonhomme n’est pas réel !

Ensuite, on passe à la question qui tue : Mais que fait un homme à poil sur ce qui s’apparente à une banquise ? «  Au diable les convenances, la plage c’est pour les nuls ! Tous à poil sur la banquise ? » Mui…

 

                L’homme est  assis sur une peau de bête : glamour. Allez, même si l’ours a une bonne tête de fake on fait passer le message : Non non non, la fourrure n’est pas un signe de  luxe ! C’est ni plus ni moins que le butin d’un crime, et, l’ours blanc une espèce en voie de disparition. La fausse fourrure c’est l’imitation du crime, c’est pas glorieux non plus.

               

                Bon allez, souriez. C'est de l'humour. Mais les hommes nous les aimons vrais, sans fioriture, sans photoshop, sans huile grasse et sans ours morts. Juste comme ils sont au naturel, juste quand ils sont « eux-mêmes ». Et de toute façon, le beau mâle n’a qu’à aller se rhabiller, le plus beau : c’est le mien !